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De Gandhi à Extinction Rebellion, la longue marche de la désobéissance civile



Enquête Le Monde

Théorisé par Thoreau, puis par Gandhi et Martin Luther King, ce mode d’action non violent a été adopté par les écologistes d’Extinction Rebellion. Leur refus de se soumettre à certaines lois est-il une atteinte au pacte social ou un signe de vitalité démocratique ?
Assis en tailleur sur le sol bétonné d’un grand hangar, une centaine de jeunes écoutent attentivement un militant d’Extinction Rebellion détailler le « consensus d’action » du mouvement de désobéissance civile.
Le logo imprimé sur son tee-shirt illustre leurs inquiétudes – un sablier symbolisant l’urgence climatique inséré dans un cercle noir représentant la planète en deuil. C’est l’été, beaucoup de jeunes portent des sandales et des chapeaux de paille, mais l’heure n’est ni à la détente ni à l’oisiveté : les activistes préparent le blocage d’un pont de Paris.
Sous les néons du hangar, le responsable énumère une à une les règles de la désobéissance civile. Cette action destinée à « porter un message politique », explique-t-il, est à la fois illégale et non violente. « Pas d’atteinte à l’intégrité physique et morale des personnes, pas d’injures, pas de provocation envers les flics. On ne les touche pas, on ne les bouscule pas, on ne leur adresse pas de regard goguenard. On adopte une attitude courtoise et polie. Si la pression monte, on s’assoit. » Un militant d’Extinction Rebellion s’avance à ses côtés. « Evidemment, on ne porte pas de masque : toutes nos actions se font à visage découvert. »
Née au XIXe siècle
Extraite d’un webdocumentaire de Clément Montfort, Au Cœur d’Extinction Rebellion, cette scène résume l’esprit de la désobéissance civile, un principe revendiqué jadis par le philosophe Henry David Thoreau (1817-1862), le Mahatma Gandhi (1869-1948) ou le pasteur Martin Luther King (1929-1968).
Après une longue éclipse, cette forme d’action renaît peu à peu de ses cendres. « Le recours à la désobéissance civile s’étend sans que personne ne sache si ce phénomène est un effet de mode ou s’il va transformer durablement les pratiques de la démocratie représentative », soulignent la philosophe Sandra Laugier et le sociologue Albert Ogien dans Pourquoi désobéir en démocratie ? (La Découverte, 2011).

Dégradation de panneaux publicitaires par le collectif des Déboulonneurs, arrachage d’OGM en plein champ par Les Faucheurs volontaires, décrochage des portraits officiels d’Emmanuel Macron par Action non violente-COP21 (ANV-COP21), rétablissement de l’électricité chez les victimes de la « précarité énergétique » par le mouvement Les Robins des bois, occupation illégale d’immeubles vides par le collectif Jeudi noir : depuis le début des années 2000, la désobéissance civile est devenue, en France, une forme d’action comme une autre. Le déclin des formes d’engagement qui ont fait la gloire du mouvement social, comme la grève, lui a permis de faire son entrée dans le répertoire légitime de la contestation.
En démocratie, un citoyen peut-il, au nom de l’éthique, violer des lois qui ont été votées par les représentants élus au suffrage universel ?
Loin de se cantonner à des cercles d’activistes radicaux, la désobéissance civile convainc désormais des milieux comme la recherche et l’université. Dans un texte publié en février par Le Monde, 1 000 scientifiques de renom – climatologues, sociologues, épidémiologistes, astrophysiciens ou neuroscientifiques – appellent ainsi leurs concitoyens à rejoindre les « actions de désobéissance civile menées par les mouvements écologistes, qu’ils soient historiques (Amis de la Terre, Attac, Confédération paysanne, Greenpeace…) ou formés plus récemment (Action non-violente-COP21, Extinction Rebellion, Youth for Climate…). »
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Cet engouement pour la désobéissance civile permet à bien des citoyens de renouer avec l’engagement. Mais, dans une démocratie, cette forme d’action pose de redoutables dilemmes de philosophie politique.
Un citoyen peut-il, au nom de l’éthique, violer des lois qui ont été votées par les représentants élus au suffrage universel ? Pourquoi défendre ses idées en commettant une infraction alors que la démocratie propose nombre d’outils de contestation légaux tels que la grève, la pétition, la manifestation ou le vote ? Accorder à chacun la liberté d’apprécier l’injustice, ou non, des lois ne risque-t-il pas de mener au désordre ?
David Henry Thoreau : vivre dans le monde
Ces questions sont aussi anciennes que la désobéissance civile elle-même. Née au milieu du XIXe siècle, elle émerge dans un monde « démocratique, et même particulièrement démocratique », selon le mot de Sandra Laugier et Albert Ogien, les Etats-Unis.
Le terme apparaît en 1866, dans le titre d’un opuscule de David Henry Thoreau publié quelques années après sa mort. Arrêté en 1846 pour avoir refusé pendant six ans de payer ses impôts, le philosophe justifie son geste en invoquant son opposition à la politique esclavagiste et belliciste du Massachusetts. Il tire de cette expérience une théorie de la désobéissance civile qui inspirera, des années plus tard, Gandhi et Martin Luther King.
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Pour David Henry Thoreau comme pour son ami le philosophe Ralph Waldo Emerson (1803-1882), le citoyen est un homme avant d’être un sujet. Sa conscience doit être son seul guide : il a le devoir de désobéir aux lois que sa conscience réprouve car, en servant aveuglément un Etat injuste, il se transformerait en « automate ».
Contrairement à ses héritiers, Thoreau n’a pas l’ambition d’infléchir la politique du gouvernement : en enfreignant une loi injuste, le citoyen cherche uniquement à préserver son intégrité morale. Pour Thoreau, la vocation de l’homme n’est pas de « transformer le monde mais d’y vivre », résume la philosophe Ophélie Desmons.
Pendant de longues décennies, le plaidoyer de Thoreau sur la désobéissance civile reste confidentiel mais, dans les années 1900, il séduit un militant indien incarcéré en Afrique du Sud. « Selon la légende, Gandhi aurait découvert l’opuscule de Thoreau dans la bibliothèque de la prison où il fut enfermé en 1908, en raison de sa première campagne de désobéissance civile, raconte Christian Mellon dans La Désobéissance civile (Septentrion, 2008). D’autres pensent qu’il aurait entendu parler de Thoreau quand il était étudiant en Angleterre, dans les milieux végétariens qu’il fréquentait. Quoi qu’il en soit, Gandhi avait l’habitude, en prison, de lire et relire Thoreau. »
Gandhi : transformer le monde
Gandhi souscrit, comme Thoreau, à l’idée que le citoyen a le devoir de se rebeller contre les lois injustes, mais il y ajoute le principe de la non-violence (ahimsa) et surtout, la force du nombre. Avec le Mahatma, la désobéissance civile n’est plus un acte individuel mais une mobilisation collective : elle ne sert plus à apaiser la conscience du citoyen mais à transformer le monde.
Au registre moral de Thoreau succède donc, au début du XXe siècle, le registre politique de Gandhi. « Imaginez un peuple tout entier refusant de se conformer aux lois en vigueur et prêt à supporter les conséquences de cette insubordination, écrit-il. Toute la machinerie législative et exécutive se trouverait du même coup complètement paralysée. »
Cette promesse d’efficacité politique convainc, dans les années 1960, Martin Luther King de lancer le mouvement des droits civiques. Le pays où Thoreau a inventé la désobéissance civile a aboli l’esclavage mais, dans le sud des Etats-Unis, la ségrégation continue à faire des Noirs des citoyens de seconde zone.
La philosophie de Gandhi est « la seule méthode (…) valable pour les peuples opprimés qui se battent pour leur liberté », Martin Luther King
Le pasteur, qui découvre les écrits de Thoreau et de Gandhi pendant ses études de théologie, croit à la puissance politique de la désobéissance civile : la philosophie de Gandhi est « la seule méthode moralement et concrètement valable pour les peuples opprimés qui se battent pour leur liberté », affirme-t-il en 1959.
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Dans les années 1960, des dizaines de milliers de Noirs transgressent pacifiquement les lois ségrégationnistes en s’installant dans des espaces réservés aux Blancs. A ceux qui lui reprochent de troubler l’ordre public, le pasteur répond qu’il se contente d’étaler « au grand jour » la ségrégation, « qui doit être ouverte et exposée, dans toute sa laideur purulente, aux remèdes naturels que sont l’air et la lumière ». Ce faisant, il fait de la désobéissance civile « un moyen de lutte dans des régimes de démocratie libérale et un élément central du répertoire d’action des mouvements sociaux contemporains », soulignent Sylvie Ollitrault et Graeme Hayes dans La Désobéissance civile (Presses de Sciences Po, 2012).
Désobéissants écologistes
Cinquante ans plus tard, des dizaines de milliers de militants écologistes, en France comme ailleurs, se réclament de Gandhi et de Martin Luther King. Aux héroïques combats du passé contre le colonialisme et la ségrégation raciale, a succédé une terrible inquiétude sur la survie de l’humanité.
« Gandhi et King se battaient contre des systèmes d’oppression fondés sur le statut ou sur la race, constate la sociologue Sylvie Ollitrault. Les désobéissants écologistes d’aujourd’hui contestent, eux, un modèle de société qui met en péril l’avenir de la planète : ils interpellent donc les gouvernements mais aussi les institutions internationales, les grandes entreprises et les banques. »
Comment, au regard de cette longue et tumultueuse histoire, élaborer une définition de la désobéissance civile ? De John Rawls à Hannah Harendt en passant par Jürgen Habermas, beaucoup s’y sont essayés – en commençant par la distinguer de ce qu’elle n’est pas.
La désobéissance civile ne relève pas de la résistance à l’oppression car elle se déploie aujourd’hui, non dans des dictatures, mais dans des démocraties « presque justes », analyse le philosophe américain John Rawls. Elle ne peut pas non plus être assimilée à l’objection de conscience car elle repose, non sur une prise de conscience individuelle, mais sur une mobilisation collective, ajoute la philosophe Hannah Arendt.
Quatre caractéristiques
Les définitions de John Rawls, d’Hannah Harendt, d’Hugo Bedau et d’autres ne sont pas identiques mais toutes, ou presque, identifient quatre caractéristiques.
La désobéissance civile désigne tout d’abord un acte illégal ; cet acte doit être accompli dans la non-violence ; il est public et collectif ; il est réalisé au nom de l’intérêt général, dans le but d’éveiller la conscience politique des citoyens. La désobéissance civile, résume John Rawls, est un « acte public, non violent, décidé en conscience mais politique, contraire à la loi et accompli le plus souvent afin d’amener un changement dans la loi ou dans la politique du gouvernement ».
Si les désobéissants s’autorisent à violer certaines lois, ils ne contestent pas pour autant le fait que le contrat social repose sur le respect de règles communes. « Ils admettent, bien sûr, le principe du légalisme – Gandhi soulignait même que la plupart des lois devaient être “scrupuleusement” respectées : ce qu’ils contestent, en revanche, c’est la sacralisation de la loi, c’est-à-dire l’idée qu’un texte, une fois voté, ne peut plus être remis en cause, explique Manuel Cervera-Marzal, auteur de Désobéir en démocratie (Aux forges de Vulcain, 2013). La République française a connu cinq constitutions : ce que la collectivité démocratique a fait, elle peut le défaire. »
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C’est le plus souvent au nom du droit, et non de leur bon plaisir, que les désobéissants remettent en cause certaines de nos prescriptions communes. « Lorsque Martin Luther King dénonçait les lois ségrégationnistes, il se fondait sur les principes fondamentaux proclamés par la Constitution américaine, souligne la sociologue Sylvie Ollitrault. Lorsque les désobéissants écologistes critiquent l’inertie des gouvernements, ils invoquent les accords internationaux sur le climat signés par les Etats européens. Ils s’inscrivent donc clairement dans le processus démocratique : ils ne désobéissent pas au nom de la morale, qui varie d’un individu à un autre, mais au nom des traités, qui s’imposent à tous. »
Plus que l’infraction à la loi, c’est la mise en scène symbolique de leur combat que recherchent les désobéissants
La désobéissance civile des militants écologistes d’aujourd’hui ne consiste donc pas à se soustraire, sous l’effet de l’indignation ou de l’emportement, à l’ensemble de l’architecture normative qui régit la vie de la cité. Les activistes d’ANV-COP21 ou d’Extinction Rebellion proposent, plus modestement, de désobéir momentanément, exceptionnellement et pacifiquement à une obligation prévue par les textes au nom d’une norme qu’ils jugent supérieure à la loi et à condition, bien sûr, que cette infraction ne présente aucun caractère de gravité et qu’elle relève du registre de la non-violence.
Quels textes s’autorisent-ils à enfreindre ? La plupart du temps, les désobéissants écologistes transgressent pendant quelques heures le principe de la propriété privée : l’ANV-COP21 a ainsi organisé des « conférences pirates » sur le climat dans la « banque numéro 1 des énergies sales », la Société générale, tandis qu’Extinction Rebellion occupait, pour dénoncer la « logique du tout-routier », un chantier de parking de Chambéry, en Savoie. Ils se sont aussi, très exceptionnellement, autorisés à commettre des vols : l’ANV-COP21 a ainsi « décroché » des portraits officiels d’Emmanuel Macron en mairie – un geste qui leur a valu une relaxe, le 16 septembre 2019, prononcé par le juge correctionnel de Lyon, qui a estimé que le trouble à l’ordre public était « très modéré ».
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Plus que l’infraction à la loi, c’est la mise en scène symbolique de leur combat que recherchent les désobéissants.
Les Déboulonneurs antipub barbouillent des panneaux publicitaires, les Faucheurs anti-OGM déterrent des plantes transgéniques, les « Galériens du logement » de Jeudi noir occupent des locaux abandonnés : les écologistes d’Extinction Rebellion, eux, ceinturent la place de Morlaix (Finistère) d’un ruban pour dénoncer la montée des eaux et déversent des bidons de peinture rouge sur les marches du Trocadéro pour évoquer les « millions de morts humaines et animales » de la « catastrophe écologique » à venir.
La désobéissance « indirecte »
Cette volonté d’établir un lien métaphorique entre le geste du désobéissant et la cause qu’il défend est un lointain héritage de Martin Luther King. « Dans les années 1960, le mouvement des droits civiques pratiquait une désobéissance civile “directe”, selon le mot d’Hannah Arendt : quand les militants noirs s’installaient dans un espace réservé aux Blancs, ils violaient, non pas une loi en général, mais la loi sur la ségrégation qu’ils combattaient, explique le philosophe Manuel Cervera-Marzal. Le message politique du désobéissant était contenu dans son acte : il était préfiguratif car il mettait en scène la société à laquelle il aspire. »
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Les défenseurs du climat ont évidemment plus de mal à mettre en scène de tels échos symboliques. « Le dérèglement climatique est la conséquence, non d’une loi emblématique qu’il faudrait impérativement abroger, mais d’un système économique de production et de consommation qui régit la planète entière, poursuit Manuel Cervera-Marzal. Il est difficile d’identifier un geste qui symboliserait à lui seul la lutte contre le réchauffement. Beaucoup d’écologistes pratiquent donc une désobéissance civile indirecte : ils cherchent, lors de leurs actions, à créer un imaginaire visuel de l’effondrement écologique. »
Souvent spectaculaires, toujours symboliques, les actions des désobéissants sont-elles pour autant légitimes ? Depuis un siècle, la querelle ne cesse de diviser philosophes, sociologues et politistes. En s’arrogeant le droit de violer une loi adoptée par des représentants élus au suffrage universel, en négligeant les voies légales de contestation que sont les grèves, les élections, les pétitions ou les manifestations, la désobéissance civile peut, selon certains intellectuels, mettre en péril les institutions démocratiques et conduire au désordre.
Pour le philosophe Pierre-Henri Tavoillot, « le risque, c’est l’émiettement social, voire la sortie du monde commun, avec, pour chacun, son petit droit de veto sur tout »
Pour le philosophe Pierre-Henri Tavoillot, auteur de Comment gouverner un peuple roi ? (Odile Jacob, 2019), la désobéissance civile contient en effet un risque de « fragmentation ». « Elle ne peut, en aucun cas, être érigée en principe politique : comment justifier, en démocratie, que l’on enfreigne les lois alors qu’elles sont l’expression de la volonté générale ? La désobéissance civile donne aux militants le sentiment d’être des acteurs politiques mais elle ouvre la voie à la tyrannie des minorités. Désobéir, c’est tomber dans l’individualisme le plus extrême et fragiliser le contrat social. Le risque, c’est l’émiettement social, voire la sortie du monde commun, avec, pour chacun, son petit droit de veto sur tout. »
Bien des penseurs ont pourtant, depuis la seconde guerre mondiale, accepté le principe de la désobéissance civile en démocratie. Hannah Arendt invitait ainsi les gouvernants à lui « faire une place dans le fonctionnement de nos institutions publiques » et Jürgen Habermas estimait qu’elle permettait de tester la « maturité » de l’Etat de droit. John Rawls, lui aussi, admettait sa pertinence, à condition qu’elle réponde à des « injustices majeures et évidentes » – « des infractions graves au principe de la liberté égale pour tous et des violations flagrantes du principe de la juste égalité des chances ».
« Un signe de vitalité démocratique »
Certains intellectuels vont plus loin en faisant de la désobéissance civile, non un geste exceptionnel lié à un grave dysfonctionnement des institutions, mais une contribution utile et légitime à la vie publique. « La désobéissance civile est un signe de vitalité démocratique, estime la sociologue Sylvie Ollitrault. Elle montre une volonté de participer au débat public : les désobéissants revendiquent une citoyenneté active et tentent de s’approprier un espace de résistance et d’engagement. Ce ne sont pas des jeunes militants inconscients et inconséquents : ils sont au contraire très exigeants envers eux-mêmes et envers la société. »
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Pour Sandra Laugier et Albert Ogien, les désobéissants qui agissent en dehors des arènes représentatives ont en effet le mérite de prendre au sérieux la promesse démocratique : en inventant de nouvelles formes de mobilisation, ils élargissent « l’espace des possibles ». A leurs yeux, cette nouvelle donne n’a rien d’inquiétant : dans un régime « dont la nature est d’être irrémédiablement ouvert », il serait absurde de dresser une fois pour toutes la liste des expressions légitimes de la participation. « Nul ne saurait dire où il convient de fixer les limites des libertés individuelles et à quel niveau d’autonomie il faut cesser d’attribuer de nouveaux droits sociaux ou politiques aux citoyens. »
Cette conception de la démocratie n’est pas celle de Pierre-Henri Tavoillot, qui défend avec conviction la logique représentative. « Si les désobéissants veulent participer à la vie démocratique, ils doivent élaborer un programme et se présenter aux élections », explique le philosophe. La controverse sur la désobéissance civile dessine finalement, en creux, deux regards sur la citoyenneté. Pour Pierre-Henri Tavoillot, la vertu cardinale du citoyen est « plus que jamais » l’obéissance, qu’il distingue de la soumission. Pour Manuel Cervera-Marzal, elle est au contraire la responsabilité. « Nous devons cesser d’être de bons petits soldats pour devenir des individus autonomes. »
Anne Chemin


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