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Témoignage face au trafic



Apres deux mois passés a la Media Luna Margaux Vincent nous a envoyé ce message émouvant où elle transforme un sentiment de révolte et d’impuissance en détermination a continuer a nos cotés a lutter contre le trafic.

Voici sa lettre :

« Coucou , je suis bien arrivée à Tarapoto, je suis dans mon motel et je pense fort à vous...
Je dois te dire que ça s’est très mal passé dans le bateau Justine... J’ai eu la malchance de tomber dans le trajet d’une famille de trafiquants... J’ai passé le trajet à me retenir de pleurer, c’était dur de passer ça seule.

Ils avaient de tout et en quantité importante : 4 caisse de petits loritos verts (il y avait facile 10 à 15 par caisse), 1 caisse de grands perroquet (j’ai pas vu mais je les ai entendus tout le trajet, je dirais qu’il y en avait au moins 2), 1 tamarin accroché à une corde et après avoir fouillé dans leurs cartons, j’ai trouvé 2 laineux (1 bébé, entre NUKURAY et SISU et 1 juvénile de la taille de TAMCHI) en piteux état ainsi que des cartons à la contenance non identifiée.

J’ai pu poser des questions à leur gosse qui était assis à côté de moi : c’est le papa qui chasse et ensuite ils vendent tout. La quantité était tellement impressionnante que j’ai essayé de te joindre tout le trajet pour qu’on appel la fiscal et qu’ils interceptent le bateau à l’arrivée. J’ai pris beaucoup de photo que je te joins (la tête du connard me dit un truc).

J’ai rencontré des touristes (ceux qu’on a croisé hier soir et qui ont fait une blague à Boris) qui étaient révoltés. Ensemble, on a essayé de joindre la police de Yurimaguas (grâce au numéro sur ’le routard’) mais c’était très risqué parce qu’on sentait que la famille était suspicieuse et il y avait tellement peu de place dans le bateau qu’on était tous collés les uns aux autres, impossible de passer un appel discrètement.

Et ça n’a pas loupé : le papa est descendu avec un des fils et les singes au port international avant Yurimaguas (pour faire passer la ’marchandise’ par les routes intérieures ?). Je pense qu’il a capté ce qu’on faisait, on a surement pas été assez discrets. Dans tout les cas le réseau pourri ne permettait pas de joindre qui que ce soit.

Arrivée à Yurimaguas, grand spectacle : j’ai vu la femme glissé les caisses restantes à un passeur. Ils étaient pressés mais on s’est foutu en travers du chemin de la femme pour la ralentir, avec le couple de touriste. On a cherché en vain la police du port après avoir bien fait comprendre à cette péruvienne que ce qu’elle fait est interdit. Le couple voulait que je reste pour qu’on aille faire une dénonciation... Je me suis remémoré comment ils t’avaient reçu et je me suis dit que ça en valait pas la peine.

J’ai été écœuré toute la journée, il y avait tellement de bruits d’animaux en détresse dans ce bateau...

Et puis tu vois, une fois la colère passée, lorsque j’étais dans le taxi j’ai eu 2h pour penser à tout ça et je me suis dit que c’était quand même dingue que, même pour mon retour, je sois confronté à ça. J’ai réalisé à quel point le fait d’avoir envie de lutter contre ce genre de chose, ça avait un sens profond pour moi. Je me suis dit que je voulais que ça fasse partie intégrante de ma vie.

Evidemment que je vais revenir, plus que ça même, ça s’est imposé à moi comme une évidence, je sais pas comment te dire, je me suis dit clairement que c’est comme ça que je voyais ma vie future : entre la France et IKAMAPERU. J’ai été révolté et ça m’a encore plus donné envie de me bouger !. Margot »


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