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Une seule santé pour les animaux et les hommes



Le Point
Par Jean de Kervasdoué

Alors que s’est déclenchée une pandémie mondiale provoquée par un coronavirus qui, en quelques semaines, a conduit au confinement de quatre milliards d’êtres humains, il est étonnant de constater que l’on ne s’est pas tourné, en France notamment, vers ceux qui avaient à l’époque la plus grande expertise en matière de coronavirus, de zoonoses et de gestion des épidémies : les vétérinaires.

Dans le monde vivant, on répertorie pour l’instant plus d’une cinquantaine de coronavirus, ils sont classés en quatre genres et provoquent des maladies graves et fréquentes chez les animaux domestiques. C’est la raison pour laquelle tous les services vétérinaires, services de l’État, possèdent des machines capables de réaliser les tests PCR.

Sept coronavirus infectent l’homme et trois (le Sars, le Mers et le Sars-CoV-2) provoquent des maladies graves et parfois mortelles. Si l’hôte animal du Mers est le dromadaire, pour les deux Sars, le franchissement de la barrière entre une espèce animale et l’homme a été tel que le virus s’est totalement « humanisé », si bien que l’épidémie s’est propagée par les seules transmissions interhumaines, c’est notamment le cas, depuis au moins un an, du Sars-CoV-2. Il n’a plus besoin de sa source animale.

Il semblerait que l’hôte animal du premier Sars ait été une civette palmiste, animal de la taille d’un chat et qui ressemble à un raton laveur. Capturé et attendant vivant dans un restaurant de Canton qu’un client en passe commande, son coronavirus a été transmis à l’homme sans que l’on sache si c’est par morsure ou en préparant la viande de ce mets exotique. Pour le Sars-CoV-2, des virus très proches ont été isolés à la fois chez une espèce de chauve-souris qui vit dans des grottes de la région de Wuhan et chez le pangolin. Les 1 300 espèces de chiroptères du monde (dont 34 en France) sont connues pour être des réservoirs à virus qui peuvent infecter des espèces éloignées des leurs.

Des « marchés du vif » aux conditions sanitaires déplorables
Or, les Chinois aiment tout ce qui se mange et attachent du prix à ce que les animaux soient vivants quand ils les achètent. On trouve donc dans tous les grandes villes de l’empire du Milieu des « marchés du vif », le plus souvent aux conditions sanitaires déplorables, et on y voit de tout : des chauves-souris aux pangolins, en passant par les serpents et même autrefois des tigres, avant qu’ils ne soient tous tués. « C’est certainement là, plus peut-être que dans l’anthropisation d’un milieu naturel, qu’il faut chercher l’origine de l’épidémie. »

Les neuf millions d’habitants de cette ville très dense et industrielle ont ensuite permis que ce virus trouve plusieurs porteurs, puis ce fut la province du Hubei, la Chine et le monde entier. Les transmissions virales sont facilitées par le nombre de contacts et se répandent à d’autres territoires quand des personnes infectées voyagent. La pandémie n’est donc pas une « revanche de la nature » comme le prétendent certains écologistes. Il n’est pas nécessaire de la déifier pour comprendre la diffusion mondiale du virus : il suffit de constater que la division internationale du travail et le transport aérien conduisent les marchands à voyager et, avec eux, leurs parasites.

La transmission de zoonoses aux hommes va dépendre de la manière dont ils vivent, mais aussi de la faune sauvage et des élevages domestiques qu’ils côtoient. L’éventuelle transmission à l’homme d’une zoonose est un phénomène aléatoire, il dépend des mutations de l’agent infectieux puis de la fréquence des contacts entre ces groupes d’êtres vivants et donc, à une période donnée, de l’écologie de ces différentes espèces, êtres humains inclus. Il sera alors bien difficile de trouver la cause première, tant les interactions sont nombreuses et spécifiques.

En France, la faune sauvage est porteuse de nombreuses maladies. Les bouquetins sont un réservoir de la brucellose, comme le sont les sangliers et les lièvres. C’est la raison pour laquelle les élevages de porcs sont entourés de solides barrières pour éviter une contamination par les sangliers. L’échinococcose, dont les parasites vont infecter le foie ou les poumons des amateurs de myrtilles et des légumes du potager, est transmise par les renards qui viennent souiller les baies sauvages, mais aussi les jardins, de leur déjection. La grippe aviaire est transmise par des oiseaux sauvages aux animaux domestiques élevés en plein air et provoque des ravages, comme c’est le cas actuellement de l’épidémie aviaire provoquée par le virus de la grippe H5N8, pour l’instant seulement aviaire…

Les habitudes alimentaires des Chinois
Les contacts entre les humains et la faune sauvage sont autrement plus fréquents dans ce qui reste des tribus primitives, notamment celles qui vivent dans la forêt tropicale. Pour leur alimentation quotidienne, ils mangent ce qu’il est convenu d’appeler de la « viande de brousse », autrement dit de la viande d’animaux sauvages qu’ils ont tués. Pour les chasseurs des pays riches, il s’agit de trophées, voire pour certains de mets délicats. Enfin, des contacts fréquents se produisent chaque jour grâce au trafic mondial de ces animaux. Interpol et l’ONU s’en émeuvent d’autant plus que ce trafic concerne beaucoup d’espèces en voie d’extinction : pangolins, tigres, chimpanzés, jaguars, mais aussi pythons… Ce commerce illégal, animaux de compagnie inclus, touche aussi les plantes rares et les bois précieux. Ces échanges dépasseraient les 160 milliards de dollars et seraient en valeur le troisième trafic du monde, après la drogue et les armes !

Les interactions sont donc nombreuses et diverses. Les mesures envisagées sont le plus souvent simplistes, car le rôle de l’animal sauvage est « multiforme, en matière de risques sanitaires. Il peut être à la fois victime, menace, vecteur, facteur de dissémination, réservoir actif ou silencieux pour les troupeaux (et les hommes)… Il est illusoire de penser que légiférer en vue de limiter les opportunités de contacts entre les populations animales et humaines permettrait de résoudre la question de l’émergence de nouvelles maladies ». Pas plus d’ailleurs que l’interdiction d’importer des bois rares en Europe ne joue un rôle dans la protection des forêts tropicales. Ils sont abattus, vendus dans d’autres continents et importés sous forme de meubles ou d’objets. Il semble enfin peu probable que les incantations des écologistes du quartier latin parviennent à modifier les habitudes alimentaires des Chinois, pourtant à l’origine des deux dernières transmissions du coronavirus à l’homme.

En outre, si les moyens modernes de transport accroissent la vitesse de diffusion d’une épidémie, elles ont existé de tout temps. Ainsi la peste dite de Justinien (541 après Jésus-Christ) tua entre 50 et 100 millions d’êtres humains, soit de l’ordre de 30 % des personnes qui vivaient à cette époque sur terre. Le repli national est illusoire, car les frontières sont toujours perméables même si, à l’évidence, cet échelon est le bon pour définir une politique de prévention.

Une instance supranationale, capable d’observer l’apparition des nouvelles maladies
Ainsi, dans la lutte contre toute pandémie s’emboîtent des territoires comme des poupées russes : du plus local, jusqu’à toute la planète en passant par les régions, la nation et des communautés territoriales, comme l’Union européenne.

Comme il faut intervenir dès le début de l’épidémie et agir avant toute dissémination incontrôlée, cela suppose donc d’intervenir dans le pays où elles se déclenchent pour isoler les personnes atteintes. C’est le concept de « One Health », une seule santé pour les animaux sauvages, les animaux domestiques et les hommes qui sont eux-mêmes susceptibles de transmettre des maladies aux animaux.

On voit mal encore comment l’imposer à de nombreux pays très sourcilleux de leur indépendance, ce qui n’empêche pas de s’y atteler. En attendant, pourquoi, en France, ne pas commencer en nommant au moins un vétérinaire au conseil scientifique du gouvernement ? Cela aurait déjà permis, il y a quelques mois, de faire savoir à tous qu’il y avait des machines disponibles et des gens compétents capables de faire des tests dans tous les départements français et aurait aussi rappelé que les hommes sont aussi des animaux, quelle que soit leur supériorité ontologique.


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